Malgré ses bénéfices largement démontrés pour la santé, l’environnement et la qualité de vie, le vélo reste l’un des modes de déplacement les plus contestés. Avec La vérité sur le vélo. Enquête sur un refus de priorité, Heidi.news met en lumière une réalité dérangeante : bien plus que les comportements des cyclistes, c’est le regard porté sur eux, et les choix politiques qui en découlent, qui freinent le développement d’une mobilité saine, équilibrée et sécurisée.
Les cyclistes, coupables idéaux
Depuis des années, le vélo fait l’objet d’une suspicion disproportionnée dans l’espace public. Le terme de « cycloterroriste », inventé il y a une vingtaine d’années, en est l’exemple le plus caricatural (p. 11). Aucune expression équivalente n’existe pour désigner les voitures, pourtant responsables de dégâts bien plus graves : excès de vitesse, usage du téléphone au volant ou non-respect des distances de sécurité. Le cycliste dérange parce qu’il remet en cause l’ordre établi de la rue.
Alors que, dans les croyances populaires, les cyclistes commettraient plus d’infractions que les automobilistes, des études menées au Danemark et au Royaume-Uni montrent un constat bien différent : 15 % des cyclistes enfreignent les règles de circulation, contre 66 % des automobilistes, principalement pour des excès de vitesse ou l’usage du téléphone (p. 24). Ces chiffres révèlent un biais culturel profond : certaines infractions sont banalisées lorsqu’elles sont commises en voiture, tandis que celles des cyclistes sont perçues comme le symptôme d’un comportement dangereux ou irresponsable.
Regarder son téléphone quelques secondes au volant ou rouler à 57 km/h dans une zone limitée à 50 sont devenus socialement acceptables. Pourtant, ce sont bien ces « petits écarts » qui provoquent chaque année des accidents graves. Le problème n’est donc pas seulement le non-respect des règles, mais la hiérarchie implicite que nous établissons entre les infractions, et entre les usagers de la route.

Le vélo n’est pas une affaire de courage, mais de conditions
Cette asymétrie se retrouve également dans la manière de parler des accidents. Lorsqu’un cycliste est blessé ou tué, le récit public se concentre souvent sur son comportement : portait-il un casque ? Était-il visible ? Respectait-il le code de la route ? (p. 25). À l’inverse, la vitesse du véhicule impliqué, l’aménagement de la route ou l’absence d’infrastructure adaptée, notamment aux intersections, sont relégués au second plan (p. 22).
Un autre phénomène souvent ignoré mérite d’être souligné : l’augmentation continue de la taille des voitures. En Suisse, les véhicules grandissent en moyenne d’un à deux centimètres par an depuis 2011 (p. 51). Cette évolution n’est pas sans conséquence pour le partage de l’espace public et pour la sécurité des usagers plus vulnérables, mais elle reste largement absente des débats sur la responsabilité et les risques routiers.
Le vélo n’est donc pas une affaire de courage individuel, mais bien de conditions de circulation. Tant que l’analyse des accidents se focalise quasi exclusivement sur le comportement des cyclistes, les causes structurelles, aménagements, priorités données aux différents modes de transport, restent hors champ.
Un enjeu majeur de santé publique
Changer de regard sur le vélo, c’est aussi changer d’échelle. Car ses bénéfices dépassent largement la seule question du trafic. Trois heures de vélo par semaine suffisent à réduire le risque de mortalité de 40 %, et ce malgré l’exposition aux particules fines (p. 46). Les avantages de la mobilité active l’emportent très largement sur les risques liés aux accidents ou à la pollution de l’air.
Les cyclistes présentent également moins de troubles de santé mentale, tandis que les maladies liées à la sédentarité et au surpoids représentent près de 80 % des coûts de la santé. Heidi.news estime que si la part des déplacements domicile-travail à vélo à Genève atteignait celle de Copenhague, les coûts de la santé pourraient diminuer de 750 millions de francs par an (p. 46). Le vélo apparaît ainsi comme un levier majeur, non seulement pour la mobilité, mais aussi pour la santé publique.
Et pour le Valais?
Le Valais ne manque ni de vélos, ni de cyclistes potentiels. Les montagnes n’excusent pas à elles seules une faible utilisation du vélo : près de 70 % de la population habite en plaine. Développer l’usage du vélo représente pourtant une opportunité majeure pour le canton. En favorisant une mobilité plus active, le Valais pourrait réduire les coûts liés à la santé, améliorer la qualité de l’air dans les zones habitées et diminuer la pression sur des infrastructures routières souvent saturées.
Quelques faits
- Près de 70% des citoyennes et citoyens valaisans habitent en plaine et vivent à moins de 2km d’une gare
- Le Valais compte 648 voitures pour 1000 habitants, contre 541 en moyenne suisse
- En Suisse, env 45% des distances de déplacement en voiture sont inférieurs à 5km
Développer une véritable culture du vélo ne consiste pas à opposer les usagers, mais à concevoir un système cohérent, lisible et sûr. Le message central de ce numéro de Heidi.news est clair : le vélo n’est pas un problème à gérer, mais une solution à activer. À condition de cesser de juger les cyclistes, et de commencer à interroger sérieusement le cadre dans lequel on leur demande de circuler.

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